Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Des mots d'instants

<< < 1 2 3 4 > >>

C'était juste là, à l'arrêt du bus. A deux pas de cet antre où j'apprends le grec moderne.

J'en revenais un peu fatigué, certes, mais heureux.

J'aurais presque bien fermé les yeux longuement pour éviter les trottoirs sales, les passants pas nets, les voitures poussiéreuses et les vitrines de fast-food suintantes de mauvaise graisse.

Je lève les yeux vers le tableau horaire. Encore 6 minutes à attendre.

Un peu plus haut que cet affichage lumineux fade, mon regard se fige sur un coeur. Un coeur qui semble tenu d'un fil par une femme peinte de noir. Une myriade d'oiseaux l'entoure et illumine le mur de cette façade qui, sans cet art salutaire, plomberait davantage encore l'ambiance urbaine.

Un luminaire encore éteint semble bien impuissant, de toute façon. Ces traits, ces couleurs n'attendent que le soleil pour vivre et s'assombrir au gré du ciel et des jours qui se lèvent et se meurent.

La maison d'à côté a la grise mine du Monde pas joyeux qu'on habite aujourd'hui.

Le coeur rouge, les oiseaux et ses compagnons d'art redonnent juste l'espoir, l'envie.

Presque l'envie de ne pas reprendre le bus qui, avec ses habitués, ses visages renfrognés, ses rires retenus, ses sourires trop figés, me fait reprendre la route.

Mais je sais qu'au bout du chemin, un autre coeur m'attend. Celui de l'homme que j'aime.

Voir les commentaires

En attendant son prochain...

Voir les commentaires

Un soir, un mercredi.

Un lieu inattendu et inconnu.

C'est un endroit où on mange, où on boit. Comme il y en a des milliers sur cette planète.

Juste cette image d'un luminaire. Il éclaire le plafond, surtout, et illumine légèrement ce qui se trouve en-deçà. On peut, dès lors, tout imaginer.

Est-ce un intérieur de maison ? Un minuscule hall de gare à la déco audacieuse ? Une salle communale ?

Ou serait-ce plutôt une taverne où il fait bon boire un verre ou se délecter d'une carte minimaliste mais authentique ? De ce genre de lieu où l'inattendu a force de loi. Où la convivialité se retrouve à sa source. Où les clients n'en sont plus. Ils sont simplement "eux". Les regards se frôlent et les envies de se parler ricochent contre le mur du silence.

Des musiciens entrent dans la danse. Les tables tremblent dans le rythme et les mains applaudissent timidement puis fébrilement. On tend vers l'unisson.

Il suffit d'un rien pour rassembler tout un monde. Sous les lueurs timides d'un lustre improbable.

Voir les commentaires

"tu zappe toi c'est temps-ci", "sa va ?", "t'aime les black ?", "gnnnnnn", "fais zi voir ton corps", "tes parents fon quoi dans la vie",...

La profondeur des échanges n'a d'égal que le vide abyssal des... dialogues qui sont d'un nouveau genre. Tu me vois mais je te vois pas. Je te lis mais tu m'entends.

Facebook a ses travers mais relève de l'angélisme face à cette nouvelle application qu'est Periscope. On m'a toujours dit qu'il fallait parfois, souvent ?, expérimenter par soi-même afin de se forger sa propre opinion. Dans les limites de l'acceptable, bien évidemment.

Ici, je ne sais pas où est l'acceptable, où sont les limites. Certes, en parcourant la carte du monde, je suis - plouf - tombé sur un gars connecté sur les rivages d'Islande et qui ne se lassait pas de faire vivre en live une vue sur le soleil qui, là-bas, à cette époque, a un peu de mal à se coucher totalement. Certes j'ai suivi, sans qu'il le sache vraiment, un Grec qui se baladait du côté du Cap Sounion. C'est dépaysant, c'est sympa, c'est cool. Ca donne juste envie d'être là, de plier bagages et de balancer ce "live" par procuration.

Et puis... il y a surtout tous ces (très) jeunes en peine qui n'ont pas grand'chose à faire découvrir si ce n'est le triste papier peint de leur chambre, la 5e clope qu'ils allument en même pas 10 minutes, les cheveux qu'ils recoiffent sans cesse pour montrer que le corps vit encore, le regard fuyant en permanence un écran qu'ils savent pervers car ils ne savent pas qui les regarde. Les "visibles" se contentent d'approcher sans cesse leurs yeux pour déchiffrer les messages qui apparaissent, les lisent quasi toujours à voix haute pour être certain de pouvoir les comprendre malgré certaines injures sans nom. Injures également, par ailleurs, aux règles d'orthographe ou de grammaire. Les "visibles" répondent à la chaîne à des questions sans intérêt pendant que les "non-visibles" profitent de leur statut pour provoquer, agresser, moquer, dénigrer dans l'anonymat le plus parfait. Les mots gentils sont rares. C'est juste vide. Creux. Affligeant. Le "visible" ne décroche pas - ou plutôt ne "raccroche" pas - pour autant. Tant qu'il est vu, c'est grisant. Tant que les petits coeurs virevoltent sur l'écran, c'est excitant.

Phénomène inquiétant d'une société qui perd l'une de nos plus vieilles richesses : le contact entre les humains. Le vrai. Avec des yeux qui, à eux seuls, nous racontent une histoire et dévoilent le plus intime de nous et les mots non dits, avec des esquisses de sourire qui nous rendent souvent beaux, fragiles et attachants, avec des petites rides qui se creusent et se dessinent pour mieux trahir nos émotions... Aucun périscope ne nous fera ressentir ces mêmes émotions.

Gageons qu'une fois l'appli refermée, la plupart des "visibles" s'en sortent, ailleurs que dans leur antre, pour, dans une vie vraie, ouvrir l'application "Entre quatre yeux".

Voir les commentaires

Bruxelles

Les trottoirs se font miroir. Les flaques sont étincelantes. Les gouttes perlent d'une lumière blafarde. Et les visages sont éteints.

Les yeux longent le sol, les regards suivent les pavés en ligne droite sans se détourner.

il est encore moins question de croiser les "bonjour" à peine susurrés dans un monde où la parole spontanée s'est perdue comme le soleil derrière la couche nuageuse.

il pleut à peine qu'on entend geindre à tout va. On a beau savoir sous quelle contrée on vit, on ne semble jamais s'y faire. Non. Les plaintes s'écoulent aussi à gros torrents. Les plus optimistes auront choisi de garder le printemps en tête avant de se réjouir d'un été qui, à défaut de rayonner, aura le mérite d'exister au moins par son nom, trois mois durant.

Athènes

Il est d'autres coins où la pluie est cadeau. Huit bonnes saisons me séparent d'un souvenir qui me réchauffe encore le coeur quand j'y pense. Regarder l'Acropole d'Athènes par la fenêtre ruisselante de la chambre d'hôtel à l'heure du petit déjeuner. Moment intense de voir ce monument se laisser glisser entre les cordes d'averses presque violentes. Sans broncher.

Le Parthénon n'a pu que s'incliner : il s'agissait sans doute des larmes des Dieux.

Voir les commentaires

Je déballe cette sacoche commandée en ligne. Du beau cuir italien qui ne demande, lui, qu’à entamer sa première vie. J’y insère le strict minimum : mon portable, de quoi écrire et un bouquin de Jacqueline de Romilly, histoire de ne pas entièrement perdre mes racines.

C’était juste un temps pourri. Un ciel gris-souris qui plombe l’atmosphère.

Là, comme ça, dès le bon matin. Dès le début de cette « sainte nouvelle journée ». C’est sans doute parce que les rideaux ont trop vécu qu’ils me laissent apercevoir un bout du dehors. J’ai entrouvert les yeux et ai déjà envie de les refermer, histoire de gagner quelques secondes d’éternité.

Mon bras s’est endormi, il fourmille encore. Je le réveille doucement. Je caresse de l’intérieur la housse de couette délavée puis je la frôle à nouveau sur le dessus pour arriver enfin au visage.

C’est râpeux avec cette barbe de 2 jours. Il y a un côté sec et amer dans ce toucher.

Malgré ces sensations peu glorieuses, c’est devenu un rituel de me toucher, de m’effleurer au réveil. Oser caresser sa propre peau, sentir battre ses paupières quitte à freiner des doigts leur élan, remettre déjà en place des cheveux qu’une nuit de mauvais rêve a rendu rebelles.

Ca caille sous la doudoune. Il est temps de s’extirper.

Et, d’une simple pression, mettre en route ce café qui s’écoule au rythme des secondes d’une nouvelle journée de vie qui commence.

C’est poétique. Du moins ça en a l’air. Le tintamarre bruyant de ces machines à haute pression vous la met illico, cette pression. Un peu comme si son rôle n’était pas de vous faire évader l’esprit dans un paysage idyllique de caféiers mais plutôt de vous rappeler qu’une bonne quinzaine d’heures de rythme effréné vont démarrer.

Après ma douche, je m’enfile un jeans qui a baroudé et un deuxième expresso bien serré. Je souris enfin. On dira qu’il était temps.

L’heure de dire merci à la vie d’avoir encore pu se lever ce matin.

L’heure de penser que c’est une chance d’entendre les mêmes jingles à la radio, les mêmes cris de la voisine sur ses gosses qui traînent la patte pour aller à l’école, les mêmes aboiements de chiens énervés par l’agacement des humains à devoir se presser pour boucler le début de journée.

Malgré cet empressement tout autour de moi qui me serre les tripes, je me calme et j’ai la flemme.

Tant pis, j’enfile cette chemise portée la veille. On sent encore les effluves du resto grec du coin. Qu’importe, les souvenirs de la brochette trop cuite du patron m’accompagneront jusqu’au soir.

Tant qu’à se moquer des senteurs, autant les mêler. Je me place devant le miroir du petit coin qui me sert de salle de bain.

Je m’ôte cette courte barbe.

Je presse délicatement sur mon flacon de parfum, sur ce chimique moment d’évasion. Je n’en embaume pas ma peau mais juste un peu l’air. Une fois, deux fois. Je respire le doux mélange et je me regarde. Droit dans les yeux. Comme pour m’affronter.

Je ne me lâche pas des pupilles. La lumière blafarde de mon applique murale s’y engouffre et mes pupilles se contractent. Je les fixe et je ne les quitte plus.

« Bam bam ! » me dit la porte d’entrée.

Je ne sursaute même pas.

« Monsieur Barre, votre journal est là ! »

Je garde la pose.

Ce n’est que la voisine du dessus qui, comme chaque matin, va chercher son maigre courrier matinal et me dépose devant la porte quelques nouvelles du monde. Elle me l’apporte comme un petit chien. J’ai pitié d’elle et je ne le lis même plus, mon journal. Tout ce petit monde qui délire et qui se cherche. C’est épuisant.

Je ne me lasse par contre pas de me regarder. Entre quatre yeux, avec mon reflet inversé. Mon cerveau bouillonne et je suis figé dans un face-à-face étourdissant.

Mes paupières craquent. Elles clignent enfin. Je me dévisage et j’y prends goût. Sans doute est-il temps que je me séduise enfin.

Je baisse la tête et je me dis que la voisine n’a même pas attendu ma réponse avant de s’en retourner dans son antre, dans son petit intérieur dégoulinant de grosses roses de papier, accrochées en bas-relief bon marché sur des murs qui suintent la tristesse. J’aurais pu être là, juste un peu mort, dans mon lit. M’être cassé le crâne contre la chaise en étant trop imbibé du retsina d’hier. Tous les scénarios sont possibles quand on n’attend pas de spectateurs pour les apprécier ou s’en dégoûter.

Je relève le torse. Mes mains ouvrent ce pot de poudre décolorante posé depuis une semaine sur le bord de l’évier. Je prends la crème oxydante et je m’applique à préparer cet esthétisant mélange. J’en imprègne ma courte tignasse. Je suis à la lettre les recommandations de ma fille Célie, spécialiste en teinturerie capillaire : je dois laisser agir.

La voisine ne s’inquiète toujours pas.

J’ouvre le robinet. Ca coule à flots et puis ça tourbillonne dans mon petit esprit. Je me frotte vigoureusement la tête.

Ma courte chevelure a blondi. Je souris.

J’ouvre délicatement une minuscule boîte blanche et en sors deux lentilles de contact. Mon index s’approche lentement de mes prunelles. Ma main tremble.

Je me pose un instant puis je tente à nouveau la manoeuvre. Avec succès.

Je souris encore. Je vois mes dents à travers la pellicule bleu-azur qui s’est bien insérée entre mes cils.

L’opération aura été courte et je suis heureux de ma première leçon de parfait petit chirurgien.

Je ne suis pas trop mal, finalement, en blond peroxydé aux yeux bleus.

Ca fait un peu ciel et soleil.

J’enlève mon jeans et j’enfile un pantalon de coton vert. Ca me donnera un côté naturel. L’odeur de la brochette de la veille finit par me donner la nausée et j’enfile un polo blanc qui sent bon le printemps.

Cette senteur me réveille et j’atterris en ayant parcouru que la moitié du chemin. Une autre route m’attend. Celle d’une nouvelle conscience. Il paraît qu’en s’en persuadant, la magie opère et qu’on devient une autre personne. Celle qu’on a toujours eu envie d’être. Celle qu’on a toujours eu envie de devenir. On dit qu’il faut commencer par l’esprit. Réfléchir à ses échecs et ne plus recommencer les mêmes erreurs, en tirer des enseignements.

Séances psys, yoga, méditation, cure de sommeil et rêves sur ordonnance : tout y est passé.

Je me sens prêt depuis tellement longtemps et il me fallait encore passer une épreuve : celle d’être apparemment différent. Si je pouvais, je ne changerais pas que le ton de mes cheveux hirsutes mais aussi celui de ma voix.

Je m’extirpe et mes doigts engourdis se décollent de l’évier.

Je me tourne à peine et je suis confronté à mon image dans ce grand miroir collé au mur de ma minuscule salle de bains. La vieille astuce pour vous donner l’illusion que l’appartement est plus grand. Même grandiose.

J’ai tout à coup besoin d’air et je me précipite près du lit. Je déballe cette sacoche commandée en ligne. Du beau cuir italien qui ne demande, lui, qu’à entamer sa première vie. J’y insère le strict minimum : mon portable, de quoi écrire et un bouquin de Jacqueline de Romilly, histoire de ne pas entièrement perdre mes racines.

J’ouvre la porte d’entrée et la referme d’un coup sec.

Deux secondes à peine suffisent pour que je reconnaisse des pas dans l’escalier. Ce sont ceux de la voisine du dessus. Quelques marches l’étouffent déjà.

Haletante, elle me dit : « Monsieur Barre est déjà parti ? Vous sortez d’chez lui ? »

« Oui et oui. » sera ma seule réponse.

« Si vous le trouvez,… dites-lui… que je repasserai. » me dit-elle exténuée en continuant à descendre l’escalier.

Je suis sorti de l’immeuble soulagé.

Je n’ai plus maintenant qu’à continuer à me chercher.

Christian Leroy

Ecrit en avril 2016

Voir les commentaires

Juste comme ça, une ancienne photo-souvenir perso de Genève.

Comment résister à capter une telle magie ?

Un bus qui vous mène au "Bout du Monde"...

Quelle invitation merveilleuse au voyage, à la rêverie, quasi à la contemplation.

Je regrette une seule chose : ne pas avoir demandé au chauffeur du bus "Combien d'arrêts avant d'arriver au Bout du Monde ?"...

Ah non, j'en regrette une deuxième : ne pas être monté dedans...

Terminus

Voir les commentaires

Point de rencontre

Voir les commentaires

Tenir jusqu'au bout

Voir les commentaires

Entre deux eaux

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 > >>
Haut

Des mots d'instants

Se poser, capter, écrire des instants de vie qui intriguent, apaisent ou interrogent. Parfois, un peu de rêverie et de fiction s'en mêlent.

Hébergé par Overblog